Mardi 12 janvier 2010.

Il se réveillait tôt ce matin. Fatigué, seul et triste, mais déterminé à faire avancer les choses, même en restant couché toute la journée.
Un coup d’oeil par la fenêtre, le temps de chauffer de l’eau pour faire un café, lui montrait que la neige n’était pas revenue, que le vent s’était levé, que le ciel était gris pluie et que les gens allaient au travail ou à l’école.
Le chantier avait redémarré dans le quartier, les mouettes criaient après les tractopelles, ou peut-être après leur congénères.
Le réseau internet existait toujours. La révolution n’avait pas eut lieu pendant son sommeil.
Le courrier électronique lui était délivré dans son lit sur le petit ordi, à la place duquel il aurait préféré trouver Mikéla, mais bon, celà s’était mal passé, elle était rentrée chez elle.
Dans ces messages on trouvait des offres d’emplois et des commentaires publicitaires qu’il se dépêchait d’effacer des blogs qu’il gérait.
La soirée et la nuit passée à ruminer lui revenaient en mémoire en même temps qu’il cherchait une bonne position sur ses oreillers. La réunion du comité s’était déroulée dans le froid car la maison où elle se tenait n’était pas habitée dans la semaine. Les gens étaient visiblement gelés bien qu’ils se soient réfugiés à l’étage, dans une petite pièce.
Il se rappelait aussi qu’au retour Izold l’avait appelé au téléphone pour lui faire remarquer que quelque chose n’allait pas. Encore une engueulade? Elle disait que quand on cherchait le site internet qu’ils faisaient tous les deux avec les élèves de celle-ci, on tombait aussi sur son site personnel à lui. Site sur lequel il y avait des choses « personnelles », comme par exemple le texte que vous lisez! Les parents d’élèves pouvaient imaginer de lui nuire à l’aide de ceux-ci! On n’avait réussi à paranoïser les professeurs!
Il n’avait pas été gentil, un ton autoritaire lui était venu, et Izold avait essayé de lui répondre gentillement. Le pire fut qu’il appella aussi Mikéla et que cela se passa aussi mal. Deux conversations téléphoniques, deux moments où il fut désagréable, cela ne s’arrangeait pas.
Après un courrier écrit et envoyé à Mikéla, pour se rattraper, il parcouru le reste des messages arrivés depuis qu’il s’était endormi la veille.
Plus d’une heure en comptant la lecture, les réponses aux commentaires et les visites sur les nombreux sites qu’il suivait, emploi, rencontre, actualité… Tout çà pour quelques plaisirs virtuels et l’impression de ne rien savoir de plus sur le monde qui l’entourait.
Dehors le vent avait tendance à forcir, tout doucement, régulièrement, dans certains département français il faisait une dizaine de degré en dessous de zéro. Cela le ramena à l’électricité, il voulait en fabriquer avant la coupure générale, essayer l’utilisation d’un téléphone portable comme modem pour son petit ordi, au cas où l’électricité disparaitrait, pour ne pas être coupé d’internet.
Une idée de cadeau lui vint pour Mikéla, le premier montage d’électricité autonome pourrait alimenter la lampe sur pied dans sa salle. Mais il pensait cela parce qu’il souffrait de ce qu’elle était fachée contre lui.
Il n’était pas sûr de tenir toute la journée au lit! Des obligations physiologiques autour de la nourriture allaient l’obliger à se lever.
D’autre part, il avait d’autres travaux que l’écriture de ce texte.
Repas rapide composé d’une assiettée de lentilles au saucisses de strabourg, origine totalement industrielle. Il y avait beaucoup de changement à accomplir avant de manger sainement. Et la clémentine sans goût venant d’Espagne n’améliorait pas le tableau avec les kilomètres de bitume avalés par le camion qui l’avait transportée jusqu’à Brest.
Quelques courriers, les lettres d’actualité (newsletters) des sites d’informations, colportaient tous les mêmes nouvelles, si encore l’analyse en était différente chez chacun, mais non, c’était un monde uniforme de catastrophes.
A la radio, au début d’après midi, peut-être le début d’un conflit mondial, car un scientifique iranien était mort, assassiné! Mais déja que la dernière attaque en Afganistan avait été violemment critiquée, qu’en serait-il de la suivante.
Il ne pouvait pas croire qu’il ne s’agissait que de relancer l’économie grace à la guerre. Il aurait bien aimé qu’elles s’arrêtent, les guerres, mais actuellement ce qui se passait à Gaza, et qui était infect, n’encourageait pas à le penser.
Un courrier électronique de Mikéla en réponse à son texto du matin lui signalait qu’elle ne lui répondait pas par texto mais par courrier électronique  » parce que c’était gratuit « .
Il l’appella au téléphone pour entendre qu’il était un radin qui ne lui faisait jamais de cadeau!
Soit elle déprimait, soit elle ne l’aimait plus, soit il payait pour d’autres, soit un peu de tout çà.
Maintenant c’était lui qui était déprimé, à tout le moins son moral était attaqué.
Il se demandait comment il allait trouver le courage de faire cet exposé qu’il avait promis au parti pour le samedi suivant. Une présentation de celui-ci pour une réunion ouverte aux sympatisants.
Mikéla viendrait elle à la réunion? Que faire d’autre que de lui répondre gentillement tout en se faisant engueuler?
Elle dit qu’il se payait des cadeaux, et pas à elle, et alors, même si c’était le cas, qu’est-ce que çà pouvait lui faire!
C’est con, il faisait en sorte de se sortir d’une addiction à l’internet, en réduisant l’importance de l’informatique dans sa vie, pour cela il achetait un ordinateur plus petit, moins omniprésent dans mon espace quotidien, çà marchait, mais il prenait une claque d’un autre côté. Alors que c’était pour penser plus à elle!
Il ne devait plus lui parler de ce qu’il faisait avec les autres, elle allait mal à cause de lui, enfin c’est ce qu’il croyait.
Tout son travail actuellement consistait à s’obliger à croire que, s’ il aménagait cet appartement comme il le fallait, Diane y viendrait, Mikéla y viendrait. Il continua de monter la belle armoire cadeau de Rouanez dans le dégagement au fond du couloir. Mais c’était dur, il peinait parce que maussade, anéanti, soumi aux intempéries sentimentales.
Fallait aussi qu’il se mette à cette présentation du parti. Il avait abandonné l’idée du rétroprojecteur, il ferait un document qui serait sur papier et sur informatique, imprimable et présenté par un diaporama. Il descendrait l’ordinateur dans la salle du bas et le mettrait sur la table du fond pour ceux qui voudrait visionner le document sur informatique. En mettant quelques exemplaires imprimés sur la table ça devrait le faire. Que des idées positives, mais aussitôt cassé par son chagrin, Mikéla ne l’aimait plus.
Il ne restait plus qu’à écrire, ce qui n’était pas une mince affaire avec la tempête qui sévissait dans son coeur, corps, âme, esprit, ventre, partout en lui.
Un courrier électronique le fit sortir de la réverie dans laquelle la pluie l’avait fait tomber. C’était le commentaire d’un homme qu’il ne connaissait pas, fait à la photo d’une femme qu’il ne connaissait pas, qui arrivait sous ses yeux qui ne l’avait pas demandé, si ce n’était pas l’équivalent de la téléréalité çà, l’Internet nouveau allait lui aussi fabriquer du cerveau disponible.
Quoi qu’il en soit il pensait dégager la table de la salle en enlevant gros ordinateur et en le posant sur le sol. Il aurait aussi aimé avoir un canapé clic-clac pour que Mikéla, … pourquoi elle? Des grossièretés lui traversaient l’esprit… celle là! Pourquoi penser à elle alors qu’elle ne l’aimait plus?
Donc un canapé dans la salle, une table pour y manger, le retour du confort et des réceptions. Oui mais pour çà il fallait gagner de l’argent, donc travailler. Qui allait le payer pour un travail, y avait il quelqu’un dans la salle?
Petit ordinateur posé à côté du fauteuil. Tout changeait, il était silencieux, ne remplissait pas toute la pièce et s’éteignait quand il allait voir ailleurs. La consommation électrique était moindre que celle du grand ordi. La grande table se vidait et s’écartait du mur, le décor changeait.
Il allait mal, il allait mal, il allait mal.
Comment ne voyait elle pas ses six cents euros par mois pour sa maison, et lui trois cents euros pour un ordinateur, tout aussi utile pour lui que sa maison à elle.
La colère commençait à remplacer la douleur qui l’avait surprit quand il avait entendu cette critique, pas de cadeau, jamais de cadeau.
Le frigo arrêta son fort ronronnement, l’appartement redevint silencieux, même pas celui du gros ordi.
C’est dans ce calme qu’arrivait le premier courrier annonçant le décés de Daniel Bensaïd, philosophe penseur du parti politique dans lequel il était encarté, qu’il avait vu à l’université d’été, quand c’était bien avec Mikéla. Et flute, encore elle!
Dans le silence de l’appartement résonnait maintenant les voix de la voisine et de son fils, une mélodie inhabituelle car en portuguais.
Mikéla et son coup au coeur, car c’était elle qui était malheureuse, et maintenant cette mort, il sentait les larmes monter.
Non, décidemment, il n’arriverait pas à se mettre en colère, c’était pas dans sa nature.
Après une bonne heure de descente dans les bas-fond de la déprime il se sentait revivre. Si elle avait envie de le larguer, rien ne pourrait l’en empécher. Il valait mieux s’atteler aux tâches d’aménagement de l’appartement, afin qu’un bureau débarrassable soit près aussi vite que possible pour produire de l’écrit en cas d’attaque de cafard.
Un temps vraiment pourri s’était installé obligeant les ouvriers qui allaient nettoyer les façades à attendre.
Encore cette erreur de boire du café quand il n’allait pas bien, çà empirait les choses, on le savait! Vite un verre d’eau.
Le silence de l’appartement laissait la place aux accouphènes, joie.
Après avoir préparé son poste de travail il l’avait rangé et était passé à table.
La radio parlait des juifs et de leur rapport avec le massacre de Gaza, l’un des participant au débat réussissait à faire que jamais on ne répondait aux questions sur l’évènement, et il était juif!
Diana l’avait appellé pour lui dire qu’elle n’avait pas réussi à avoir un rendez-vous avec son prof principal, il faudrait le voir ensemble, Izold et lui.
Plus grave il avait oublié d’acheter les livres qu’il lui avait promis pour son noël! Encore un cadeau pas fait!
Il croyait que ce n’était grave, il n’était pas loin de penser qu’il était désocialisé, dépressif, il oubliait de plus en plus de chose. Pour le phénomène de faire des cadeaux il admettait qu’il n’avait jamais eut çà en lui. Pourtant il était content quand la personne était heureuse, les rares fois où il faisait des cadeaux matériels. Peut-être que le cadeau qu’il faisait en permanence aux gens c’était sa gentillesse, et que certaine ne le voyait pas?

Author: Netdruide on 12 janvier 2010
Category: Netdruide
2 responses to “Mardi 12 janvier 2010.”
  1. Michèle dit :

    B’jour

    est-ce que tu te relis ????

    toujours au vert ??

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